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Béla Nogrady Fondateur de Protoplane

Au Mag, on a découvert Protoplane un peu par hasard, au détour d’une recherche web sur l’histoire de l’aviation en Bigorre, laquelle, comme on le sait, n’est pas sans références. Et, très honnêtement, au début, on a eu du mal à croire ce que l’on découvrait. En Bigorre, il existerait donc une entreprise qui produit du mobilier de luxe pour équiper des avions, qui, notamment, appartiennent à la République Islamique d’Iran ?

En fait, on avait entrevu ce qu’était Protoplane par le petit bout de la lorgnette, probablement par ce qui en constituait le signal le plus curieux, mais certainement pas le plus significatif. Le mobilier de luxe doré à l’or fin, c’est certes clinquant, mais ce n’est probablement pas là que l’entreprise exprime son plus haut potentiel technique et conceptuel. Béla Nogrady, son fondateur, qui nous a reçu, nous a rapidement permis de « voir plus grand » sur les activités qu’il supervise…

3615 avion

Mais parlons, si vous le voulez bien, de l’homme avant que d’aborder la création. Béla Nogrady est un personnage délicieux, passionné d’aviation, oui, mais dont les aléas d’une carrière mouvementée lui ont fait faire quelques détours dans des domaines non moins insolites. Il a ainsi participé, en tant que chercheur, au développement français du minitel. Cela a duré un temps… Mais il y avait, chez Béla Nogrady, vissé au corps et à l’âme, ce qu’il nomme poétiquement le « démon de l’aviation ». La marotte est devenue un métier. En 1999, Protoplane voit le jour. L’entreprise est initialement créée pour produire de petits avions ultra légers, mais bien vite, tout se bouscule…

Azimuts

… et aujourd’hui, Protoplane se distingue par la nature plurielle de ses activités, qui se rejoignent tout de même sur deux points : elles concernent tout le monde de l’aviation, et s’illustrent par leur haute technicité. On donne tout de suite quelques exemples : Protoplane, c’est par exemple la modification du « ventre » de certains avions, en vue d’y installer des caméras, des appareils photos ou des radars, qui serviront à la cartographie, à l’observation et à la surveillance. « On travaille beaucoup pour les hommes ‘ vêtus de vert ’ » , précise Béla Nogrady. Comprendre par là pour le monde militaire. « Transformés par nos soins, les avions sont prêts à effectuer des manœuvres de surveillance des frontières et de surveillance maritime, pour pister notamment des activités polluantes et de contrebandes. Leur usage a un peu changé ces dernières années, ils assistent aussi désormais la chasse aux fanatiques religieux. On a fait ça la première fois pour l’Angola il y a 20 ans, on a fait ça pour l’Algérie, la France, et dernièrement pour l’Espagne… »

Civilités

Côté aviation civile, Protoplane s’occupe aussi d’installations de caméras dans les hélicoptères et avions qui sont utilisées pour produire des images pour la télévision. « Actuellement, on est un peu en retard pour les JO de Pékin » sourit Béla Nogrady. Autre domaine, autre exemple : Protoplane est actuellement en train de modifier un avion pour qu’il accueille un véritable intérieur « d’ambulance », avec coffre à civière, système d’oxygénation, défibrillateur, pousse-seringue, supports de perfusion et respirateur. « On le livre au Maroc très prochainement » indique Béla Nogrady. A ce stade de l’article, est-il bien utile de vous préciser que le rayonnement de Protoplane est (très) international ?

Concevoir l’inconcevable

Last but not least, l’entreprise continue de faire ce pourquoi elle s’était initialement constituée, c’est-à-dire de produire des petits avions ultra légers. Et là encore, évolue dans les hautes sphères de la technicité… Grâce à un design aérodynamique particulièrement bien étudié et un travail sur l’allégement de la structure, ces ULM volent vite (pointes de 200 km/h) et sont par ailleurs extrêmement économes en énergie : ils consomment en moyenne du 10 litres à l’heure, soit, approximativement, du 6-7 litres au cent. Vous avez bien lu, c’est possiblement moins que votre voiture. Béla Nogrady de se projeter : « On pense pouvoir descendre à du 1,5 litres au cent par personne embarquée ». L’avion serait-il, finalement, le véhicule écolo de demain ?

Préparer demain

Il est temps de conclure, et de laisser à Béla Nogrady le mot de la fin : « Notre métier principal, en fait, c’est de modifier les avions quand c’est compliqué à faire ». Même ce qui paraît le plus simple, comme par exemple produire des meubles pour jets privés, est le fruit d’un savant travail d’étude et de calculs. « Les meubles qu’on fabrique sont deux fois plus légers que ceux qui sont vendus habituellement ; nos sièges, eux, le sont trois fois plus. » Le savoir-faire de l’entreprise est payant : depuis sa fondation, elle est, année après année, toujours bénéficiaire, et investit toujours davantage en recherche et développement ; la dizaine de salariés qu’elle emploie n’a donc aucun souci à se faire : l’avenir s’annonce sans nuage… Ne nous reste plus qu’à remercier Béla Nogrady pour l’échange qu’il a bien voulu nous accorder, et de souhaiter à Protoplane de continuer à propulser l’industrie haute-pyrénéenne au firmament. Au vu de son carnet de commandes actuel, ça ne devrait pas lui être particulièrement difficile…

Texte / Joseph C.Lacour

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