

Savez-vous à quoi l’on reconnaît les grands champions ? Ils sont aussi talentueux qu’humbles et discrets.
Rencontre avec Nicolas Randrianasolo.
En octobre dernier, Nicolas revenait d’Angleterre avec deux titres de Champion du monde de kickboxing. Le Mag a recueilli ses impressions, et nous en avons profité pour revenir sur son parcours exceptionnel.
Depuis l’enfance, Nicolas baigne dans l’univers des arts martiaux : « Mes parents sont ceinture noire d’aïkido, et mon grand frère Lova est également un grand fan d’arts martiaux : ça m’a aidé à tracer le chemin ». Il a commencé le karaté à 5 ans, puis il a pratiqué de nombreux sports de combat : full contact, lutte, boxe anglaise, pancrace, kenpo… Il s’est formé au fil des ans et a obtenu de nombreux diplômes qui lui permettent aujourd’hui d’enseigner au sein de la Bigorre Top Team (anciennement Bushido 65), qu’il a créée avec Lova.
Le kickboxing rassemble plusieurs disciplines. Nicolas a combattu dans chacune d’entre elles ; il a notamment été plusieurs fois champion d’Occitanie, deux fois vice-champion de France… En 2019, il décroche son premier titre mondial en K1 à Milan au sein de la fédération ISKA ; il rejoint alors l’équipe de France de kenpo avec qui il combat à l’internationale. Les titres ne sont pas sa motivation première : « Je ne fais pas ça pour la compétition, mais pour le développement personnel, et pour apprendre à me défendre ». Son objectif n’est pas de collectionner les médailles : « Mon but n’a jamais été d’être un champion, mais un guerrier : ce qui me passionne, c’est le dépassement de soi ». Est-ce qu’être guerrier signifie avoir une certaine appétence pour la guerre ? « Non, pas du tout : ce n’est pas “faire la guerre”, mais plutôt “avoir l’esprit guerrier”. »
Pour Nicolas, savoir se défendre est absolument indispensable : « Pour moi, ça devrait presque être obligatoire. On a beaucoup de demandes au club, de plus en plus de personnes partagent ce besoin ». Concrètement, comment apprend-on à se défendre lorsqu’on est débutant ? « Il faut avoir les pieds sur terre : personne n’est invincible. Le combat, c’est de la technique, mais le mental joue aussi énormément. La difficulté est surtout dans la gestion des émotions : la peur de perdre, de gagner, de mal faire, d’être ridicule… On approche tout ça à l’entraînement, notamment en allant au bout de soi-même au niveau physique ».
Nicolas fait aujourd’hui partie de la team France WKA, la première fédération mondiale historique de kickboxing. C’est dans ce cadre qu’il a participé aux derniers championnats du monde à Sheffield, en Angleterre : « Je voulais arrêter la compétition, et puis j’ai finalement décidé de faire cette saison, car je me sentais bien ». À Sheffield, il concourrait en K1 light et en kick light, et il a gagné le titre mondial dans les deux catégories ! En finale de K1 light, il a combattu contre un Anglais, un local porté par le public ; comment gère-t-on la pression, dans de tels moments ? « L’entourage est très important. J’avais la chance d’avoir mon meilleur ami avec moi, il m’a coaché pendant les championnats. Et puis je me suis marié une semaine avant : merci à ma femme de m’avoir poussé à aller combattre ! ». Elle n’est pas trop inquiète de vous voir monter sur le ring ? « Elle sait que c’est ma passion, que je suis animé par ça. Malgré les apparences, le milieu des sports de combat est un milieu sain et safe ». Prochain objectif ? « Les championnats du monde 2026 aux USA ! »
« J’encourage tout le monde à pratiquer les arts martiaux. On en a besoin pour beaucoup de choses : améliorer la confiance en soi, se libérer du stress quotidien, apprendre à se défendre, acquérir l’esprit d’équipe… ». Que peut-on dire à ceux qui ont envie d’essayer, mais qui pensent que les sports de combat ne sont pas faits pour eux ? « Je leur dis : venez essayer. Tout simplement. Le plus dur, c’est de passer la porte ; on s’imagine toujours tout un tas de choses, mais une fois qu’on est entré et qu’on a fait un premier entraînement, le reste vient tout seul ». Dernière question : lors des compétitions, vous représentez systématiquement la Bigorre sur les photos et les interviews ; est-ce important, pour vous ? « Oui, très important. Je suis issu de l’immigration, je suis arrivé tôt ici, à 5 ans ; j’ai grandi ici, j’aime tout ce qui se passe dans ma région. Je suis très fier de représenter la Bigorre à l’international. Quand je fais des championnats, j’emporte toujours le drapeau bigourdan avec moi ». Cher Nicolas, toutes nos félicitations pour ce très beau parcours, et bonne continuation pour la suite !