

Elles sonnent à intervalles réguliers, elles rythment nos journées, elles chantent lors des événements importants : les cloches font partie intégrante de nos vies. Mais au fait, qui s’occupe de préserver ce beau patrimoine ?
Située à Ibos, l’entreprise Laumaillé-Lussault est spécialisée dans un métier ancien aussi complexe que passionnant : celui de campaniste. Rencontre avec sa présidente, -Eurydice Bled.
Commençons par le début : en quoi consiste le métier de campaniste ? « Pour résumer d’une manière synthétique, on s’occupe de protéger et restaurer la chambre des cloches des églises. » La chambre des cloches, c’est l’espace situé en haut du clocher, là où se trouvent les éléments liés à la sonnerie. C’est tout un ensemble technique : les campanistes interviennent sur les cloches, mais aussi sur le beffroi, les planchers, les échelles, les jougs, les abat-sons, la motorisation, la mécanique, la ferronnerie, les coffrets électriques, les grilles anti-volatiles… « Nous nous occupons aussi des systèmes d’horlogerie de l’édifice ». Dans un clocher, le campaniste n’intervient pas sur la maçonnerie, la charpente structurelle et la couverture ; tout le reste, c’est son domaine.
En moyenne, combien de temps durent les chantiers ? « C’est très variable. Ça peut aller de deux heures jusqu’à plusieurs mois. » L’entreprise gère aussi bien des missions de maintenance et d’entretien que des chantiers énormes, avec des travaux de (très) grande envergure. « Nous avons par exemple fait un chantier à Châtellerault qui a duré trois mois : le carillon comporte 52 cloches ! ». Eurydice nous a montré une vidéo sur laquelle le carillonneur joue sur un clavier à coups de poing (oui, il joue avec ses poings !) pour faire sonner toutes ces cloches… C’est très impressionnant. Sur ce chantier, l’entreprise a notamment restauré la boîte à musique géante qui date de 1870. En gros, c’est le même principe que les petites boîtes à musique de notre jeunesse, mais en version géante.
L’une des missions de Laumaillé-Lussault est l’entretien et la rénovation des beffrois. Qu’est-ce exactement qu’un beffroi ? « C’est ce qu’on appelle une charpente dynamique : la cloche est en mouvement, et la charpente bouge avec. Il ne faut surtout pas que la cloche soit en contact direct avec la maçonnerie ». Des coussins antivibratiles, placés aux points d’appui du beffroi, servent à isoler l’ensemble ; sans ces coussins, les vibrations feraient tomber la maçonnerie. Autres chantiers de taille : il faut parfois monter et/ou descendre les cloches : « Ce sont des objets très lourds. Il faut s’accrocher à la charpente du clocher. La partie levage est un gros défi pour nos équipes ». Au fait, combien ça pèse, une cloche ? « Il s’agit du plus gros instrument de musique au monde. L’an dernier, nous avons livré un bourdon de 5 tonnes à l’Abbaye Royale de Fontevraud ». Ah oui, quand même ! Qu’est-ce que ça représente, en termes de dimensions ? « Vous pouvez vous mettre dessous : elle fait deux mètres de haut ». Belle bête !
Au fait, quels sont les corps de métier nécessaires aux missions du campaniste ? « Il y en a sept : serrurier, musicien, charpentier, électricien, électromécanicien, électronicien et horloger ». Musicien ? « Oui, car on enregistre des sonneries. Par exemple, quand il y a un carillon avec cinq cloches, on se demande ce qu’on va jouer, à quelle heure, et on imagine des mélodies avec la commune. Quand on a une vingtaine de cloches, on peut faire des ritournelles pour les mariages… ». Laumaillé-Lussault s’occupe aussi de la protection foudre : « On est des pros de la foudre, autant pour la protection des clochers que pour les installations classées pour la protection de l’environnement (type SEVESO, etc.). C’est un métier très différent de celui de campaniste, mais tout aussi fascinant ». Ces métiers sont liés : autrefois, lorsque les campanistes grimpaient en haut du clocher, ils en profitaient pour s’occuper aussi de la protection foudre.
Eurydice est également présente sur le terrain politique. La question climatique et l’impact des activités humaines sur l’environnement sont au centre de son engagement, et cela se ressent sur sa manière de diriger la maison Laumaillé : « Aujourd’hui, l’entreprise adhère à la Convention de l’Entreprise pour le Climat, la CEC Occitanie. On fait partie des 40 premières entreprises d’Occitanie à se lancer dans le parcours de la convention climat ». Les convictions, c’est comme les cloches : quand elles sont solidement ancrées, elles tintent et résonnent à plusieurs kilomètres à la ronde !
laumaille.com – Facebook – Instagram