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  • Bigorre Mag - Béarn Mag

Arnaud Pouey Président de Tellement Tarbes

Alors que la situation sanitaire semble être de moins en moins catastrophique, l’inquiétude des Français (et celle des Bigourdans) se déplace vers d’autres sujets.
Parmi ceux-ci, l’un des plus cruciaux est probablement celui de l’économie et du commerce. Le Mag a pris rendez-vous avec Arnaud Pouey, commerçant tarbais et président de l’association des acteurs du commerce tarbais Tellement Tarbes, pour savoir ce qu’il pensait de l’avenir économique du chef-lieu du département des Hautes-Pyrénées…

Avec le coronavirus, et les annonces quelque peu inquiétantes qui sont données en ce qui concerne l’économie du pays, beaucoup se posent la question : le centre-ville de Tarbes va-t-il pâtir de cette crise ?

On ne va pas se mentir : la situation du commerce de centre-ville, à Tarbes comme ailleurs, était déjà difficile avant le coronavirus. Nous traversons actuellement une phase de transformation, de changement des habitudes commerciales. La concurrence avec le E-commerce est rude, elle s’est encore durcie avec le coronavirus. Depuis le déconfinement, on assiste à un phénomène de rattrapage, des achats sont faits, il faut racheter des vêtements aux enfants qui ont grandi, et les Français qui ont passé beaucoup de temps chez eux investissent également dans la décoration intérieure. Nous avons des retours de magasins qui proposent cette offre qui sont très satisfaits de la reprise.

En fait, coronavirus ou pas, je crois que nous allons vers la même destination. Aujourd’hui, le centre-ville de Tarbes comme ceux de la majorité des villes en France accueillent essentiellement des boutiques de textile, qui représentent 60 à 70% de l’offre. Le E-commerce, sur ce segment, est très concurrentiel. L’offre des centre-villes va devoir probablement évoluer vers davantage de service, vers de l’associatif, vers du Tiers-Lieu, vers des productions d’artisans et de créateurs, vers de l’alimentaire également : l’objectif, c’est que l’on puisse tout trouver dans un centre-ville plutôt que d’avoir des gros pôles en périphérie. Et en parallèle, il faut que les centre-villes s’animent : Tarbes est aussi une ville où viennent un certain nombre de touristes, les festivals qui s’y tiennent font vivre le commerce local, en attirant les gens de l’extérieur comme ceux d’ici. Il faut renforcer ce point fort.

Le rôle de Tellement Tarbes, c’est d’accompagner cette transformation ?

Aujourd’hui le rôle de Tellement Tarbes c’est de soutenir les commerçants. Chaque commerçant est responsable de son magasin et est conscient des efforts à faire pour le transformer : auprès d’eux, Tellement Tarbes s’essaie à un travail de sensibilisation sur les questions de digitalisation, on réfléchit entre autres à la mise en place d’un Marketplace, outil qui sera bientôt la norme partout en France. Évidemment, tous les commerçants ne sont pas au même degré d’avancement en ce qui concerne le numérique, Tellement Tarbes travaille à évaluer les besoins et les attentes de chacun sur cette question.

Tellement Tarbes va-t-elle avoir vocation à former les indépendants à l’usage de ces nouveaux outils ?

Le monde change, les villes changent, les commerces vont changer. D’ici cinq ans le mot «smart city», ville connectée, sera sur toutes les lèvres. Il y aura des investissements à faire, en s’appuyant sur les aides de l’Agglomération, de la Ville, des acteurs publics. A Tellement Tarbes, on est en pleine réflexion, mais on ne veut pas non plus aller trop vite. La création d’un Marketplace numérique coûte cher, et lorsque Tarbes développera le sien, il faudra qu’elle adopte un système éprouvé, dont on saura sûr de l’efficacité. On ne peut pas investir des sommes importantes en Recherche et Développement pour finalement se retrouver avec une solution numérique qui serait dépassée rapidement par d’autres plus performantes.

Qu’en est-il de l’opération Cœur de Ville?

Cœur de Ville, ce sont des budgets : 200 villes en France ont été choisies pour en bénéficier, et se partageront 5 milliards sur 5 ans. L’opération concerne plusieurs volets, dont la rénovation de l’habitat et la question de l’accessibilité. Parmi ces volets, le thème du développement commercial est majeur, et les sujets de digitalisation en font partie. Le fait que Tarbes puisse bénéficier de l’opération Cœur de Ville est une chance pour considérer le problème du centre-ville d’une manière globale. La question des loyers des locaux commerciaux, par exemple, est posée : il serait envisageable que les instances publiques rachètent des bâtiments pour les louer aux commerçants à des tarifs moins prohibitifs. Tout cela est actuellement en discussion…

Vous êtes plutôt confiant pour l’avenir du centre-ville ?

Le centre-ville restera le centre ville. Les Français aiment aller se promener en ville, consommer en terrasse, sortir les enfants, prendre l’air, toutes ces choses que le E-commerce ne permet pas. Il faut répondre à ces demandes : le centre-ville doit travailler à être ce lieu de vie que les gens recherchent. Cela passe par une offre qui n’est pas uniquement commerciale, mais qui doit être aussi culturelle, de loisirs, d’animations… Les habitants de Tarbes et du département doivent venir en centre-ville parce qu’ils ont un cours de sport à y prendre, une exposition à y voir, un concours de photos, des projections sur les façades, des bâtiments remarquables mis en valeur, une animation particulière, et naturellement ils profiteront de cette occasion pour rendre visite aux commerçants de leur ville. Cette transformation ne se fera pas en un jour, et le coronavirus n’a pas aidé à ce que les choses s’accélèrent, mais il faut continuer à être certain d’une chose : c’est que les gens restent attachés à leur centre-ville. Si on doit placer notre confiance dans l’avenir quelque part, c’est évidemment là.

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