Célia Lasserre Gracy : Comment se libérer des addictions ?

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VIGNETTE 02 P8 348 CELIA

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Originaire de Vic, Célia est psychologue clinicienne spécialisée dans les addictions. Nous avons profité de l’ouverture de son cabinet à Tarbes pour lui poser quelques questions.

Est-il possible de sortir d’une addiction ? Pourquoi devient-on « addict » ? Comment se passe une prise en charge ? Et d’ailleurs, qu’est-ce, exactement, qu’une « addiction » ? Retour sur un entretien passionnant.

Substances… ou pas

Célia, pourquoi avoir choisi le domaine des addictions ? « C’est une réalité très prégnante dans la société d’aujourd’hui. La population est de plus en plus en souffrance ; il était important pour moi d’avoir des connaissances dans ce domaine et de pouvoir proposer un accompagnement dans ce sens ». Les addictions se présentent sous deux formes : « Il y a les addictions aux substances (tabac, alcool, cannabis, cocaïne…), mais aussi les addictions comportementales : les jeux vidéo, le sport, les réseaux sociaux, les jeux d’argent, les tickets à gratter… ».

Accompagner les proches

Célia ouvre un cabinet libéral à l’Arsenal : « Je m’associe au cabinet LOD ; l’objectif est de proposer une prise en charge à ceux qui ont des problèmes d’addiction, mais aussi des problèmes de santé, de gestion émotionnelle, de confiance ou d’estime de soi… ». Elle propose également un accompagnement pour les proches aidants : « Ils sont souvent oubliés, alors qu’ils ont besoin d’être soutenus psychologiquement. Il peut s’agir de proches d’un malade, ou de proches d’une personne qui a un problème d’addiction ».

Travailler ensemble

Pour Célia, il est essentiel de ne pas coller d’étiquettes sur les personnes en souffrance : « Les comportements addictifs font partie d’un symptôme ; l’objectif est de comprendre ce qui est sous-jacent à ce symptôme. À chaque fois, il y a une problématique réelle qu’il faut identifier avec le patient, puis travailler dessus : cela va diminuer l’addiction, qui sert de béquille face à une souffrance psychologique ». Dans ce travail, la collaboration avec le patient est essentielle : « On est une équipe, on travaille ensemble : c’est grâce aux informations apportées par le patient qu’on va pouvoir travailler et mettre en place des outils ».

Addiction, késako ?

Plusieurs signaux permettent de détecter une addiction : « Les principaux critères sont l’apparition de conséquences négatives dans le quotidien, une tolérance (une augmentation de la consommation pour ressentir les mêmes effets), une perte de contrôle (la personne ne parvient plus à répondre à ses obligations personnelles et professionnelles), un enfermement sur soi. Il y a aussi le phénomène de “craving”, qui est une envie irrépressible de consommer ». Quand ces critères sont réunis, on considère qu’une prise en charge est pertinente, dans le but de comprendre quelles sont les souffrances et/ou les vulnérabilités qui poussent à de tels comportements.

Manque de moyens

« On constate un manque de moyens dans le domaine de la santé mentale, déplore Célia, alors que le nombre de personnes en souffrance psychologique ne cesse d’augmenter ». Comment expliquer cette augmentation ? « Je pense que le Covid a eu un impact important : on s’est retrouvé seul, et la période post-Covid a été très compliquée. Il y a aussi une forte pression sociétale, de plus en plus de normes auxquelles on doit soi-disant correspondre, sans oublier les réseaux sociaux, qui sont un énorme fléau. »

Message d’espoir

Pourquoi est-ce si difficile de sortir d’une addiction ? « Il y a souvent des souffrances qui remontent à l’enfance et qu’on a cachées pendant des années ; travailler sur toutes ces problématiques peut prendre du temps ». Quel conseil donner à quelqu’un qui pense avoir besoin d’un accompagnement, mais qui hésite à franchir le pas ? « Je lui dirais d’essayer de faire au moins un entretien. Cet échange peut faire émerger des questionnements et un levier thérapeutique sur lequel travailler ». Le simple fait de penser à sortir d’une addiction est déjà un premier pas : « C’est le début d’un cheminement. Il ne faut pas hésiter à appeler un professionnel pour avoir des renseignements qui permettront de mûrir sa réflexion. Quelle que soit l’addiction, on peut s’en sortir : il ne faut pas rester seul, il faut pouvoir être entendu, écouté, épaulé, et en aucun cas jugé, stigmatisé ou catégorisé ».

8 bis, avenue des Forges à Tarbes – Tél. 06 82 21 01 51 – contact@celialasserregracy.fr – www.celialasserregracy.fr