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EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS ! ON NE VOUS DIT PAS TOUT !

[Spécial confinement : chaque semaine, sur notre page Facebook, un article sur un fait d’actualité local, national ou international ]

On ne vous dit pas tout (!) : et si l’on ne vous dit pas tout, c’est que la vérité est cachée. Enfin, d’ailleurs, plus si cachée que cela, puisque les « médias alternatifs » sont désormais là pour vous la révéler ! Et qu’importe à quoi elle se rapporte (Covid, élection américaine, 5G, etc.), cette révélation est toujours suivie d’une levée de bouclier des médias traditionnels : or, l’adage ne dit-il pas que la vérité dérange ? Les médias traditionnels sont dérangés, la « vérité révélée » est donc vraie. CQFD.

Mais c’est quoi, au juste, la vérité ? Ben, c’est compliqué. Essayons de nous rapprocher d’un concept voisin : intéressons-nous à la notion de « réalité ». A partir de quand peut-on dire d’un fait qu’il est « réel » ? La réponse est simple : à partir du moment que l’on a suffisamment de preuves tangibles pour le corroborer. A partir de quand peut-on dire d’un fait qu’il est « irréel » ? Eh bien, en fait, pratiquement jamais. Si je vous dis, « les grenouilles rose fluo avec des cornes, ça n’existe pas », cela supposerait que j’ai fait l’inventaire de tous les batraciens qui, sur les cinq continents, existent. Et cela est impossible.

On peut en revanche tout à fait, si l’on fait preuve d’esprit critique, demander à quelqu’un qui évoque un fait qui a l’air « extraordinaire » de présenter ses preuves, puis évaluer la validité de celles-ci. Prenons l’exemple de l’élection américaine, par exemple. Trump affirme posséder des preuves de fraude massive, il l’a répété plusieurs fois sur Twitter et en conférence de presse. Face à cette affirmation, Il est normal que la presse et les citoyens lui demandent de les présenter, ces fameuses preuves : or, dans tous les tribunaux ou presque, les recours déposés par la Team Trump tombent les uns après les autres… faute justement de preuves présentées. Quelle logique y aurait-il à ce que quelqu’un ayant des preuves irréfutables d’une tricherie ne les présente pas aux juges qui les réclament ? On est en droit de se poser la question.

Hold-up maintenant : sur les quelque 2h40 que dure le film, il y aurait naturellement des dizaines de pages à écrire. Et tout n’est sûrement pas faux dans ce qui est dit. Mais peut-on sérieusement affirmer que l’institut Pasteur a « inventé » le Covid-19, parce qu’on a découvert un brevet sécurisant une séquence découverte d’un coronavirus vieux de déjà quelques années ? Peut-on sérieusement se vanter, comme le fait Laurent Toubiana, d’avoir prédit avant tout le monde que l’épidémie était terminée depuis juin ? Peut-on sérieusement affirmer que la Suède a été moins touchée par le coronavirus que la France, quand son taux de mortalité est un des plus élevés d’Europe ?

Les comploteurs de l’Institut Pasteur seraient donc si mauvais dans leur activité de comploteurs qu’ils rendraient public, sur leur site internet, le document qui prouverait l’existence du complot ? La seconde vague en France serait donc un leurre ? Les morts en Suède n’existeraient-ils pas, ou nous ment-on sur la population réelle de la Suède ?

Comment conclure ? Peut-être en rappelant que le chemin vers la « vérité », chez les penseurs de tous temps et de toutes époques, a toujours été décrit comme une sente à l’accès ardu et éprouvant. La « vérité révélée », elle, est souvent présentée comme une « petite promenade de santé », une vidéo YouTube de quelques dizaines de minutes étant suffisante pour vous « mettre au parfum ». Quand tout est trop simple : méfiez-vous. Il faut beaucoup de travail pour accéder à ce qui approcherait de la vérité des faits, et tous les grands spécialistes d’un sujet en particulier se distinguent par leur humilité, reconnaissant généralement que malgré leur grand savoir, ils ne savent pas tout. La première étape de l’ascension consiste à vérifier ses sources, et à demander des preuves de ce qui est avancé : si votre interlocuteur vous les refuse, c’est qu’il y a un loup. Premier adage de la pensée critique : « ce qui est avancé sans preuve peut être rejeté sans preuve ». Aussi ne dissipez pas votre énergie à rechercher la « vérité » : cherchez les preuves. On ne vous promet pas que vous déchirerez le voile qui vous sépare de la compréhension du « monde tel qu’il est », mais au moins, vous aurez travaillé à en relever un coin, de ce fameux voile. Et déjà, ce sera pas mal…

Joseph C Lacour

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