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  • Bigorre Mag - Béarn Mag

Enzo Street made man

L’habit ne fait pas le moine, dit l’adage… De la street, Enzo n’a conservé, vestimentairement parlant, que le strict minimum : casquette rouge vissée sur la tête, petit polo de velours vert estampillé Obey (la marque de la streetartist Shepard Fairey), jean straight, sneakers Van’s. Aucune ostentation, ce qui nous a semblé être plutôt bon signe : car généralement seuls ceux qui savent d’où ils viennent, où ils sont et où ils vont peuvent s’exempter d’afficher trop ostensiblement les signes de ralliement à un « background » culturel, aussi hype soit-il.

Introduction

Mais cessons là ces considérations sartoriales, et rendons compte de l’essentiel : la découverte d’une œuvre. Par où commencer ? Par un exemple ? La veille de notre rencontre, Enzo bouclait, à Vic-en-Bigorre, la réalisation d’une fresque de 15 mètres de long : celle-ci était une commande, et avait pour thème imposé les sept péchés capitaux. Pour ses clients, Enzo propose toujours trois projets, chacun réalisé dans un genre différent. Ici, c’est le style « cartoon » qui a fait mouche, style « cartoon » qui trouve des exemples dans de nombreux travaux d’Enzo, mais ne constitue pas l’entièreté de sa palette, loin s’en faut.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté

Car elle est large cette palette ! Du réalisme à la stylisation la plus élémentaire, en passant par l’abstraction pure sur certains pans des fresques et toiles qu’il réalise, l’œuvre d’Enzo irradie d’éclectisme tout en gardant toujours sa cohérence. Les visages hyperréalistes qu’il graffe sur mur ou dont il fait des tableaux, les grands paysages, les fonds abstraits, les petits personnages cartoonesques, les projections de peintures et les empreintes tracées à la bombe, tout s’ordonne de concert. Derrière cette unité de ton, un métier, un œil et une main. Composition, concordance des couleurs, tout n’est assujetti qu’à un seul objectif : l’harmonie de l’ensemble.

Double Face

On parlait de « main », on aurait pu tout aussi bien utiliser un autre mot. On cite Enzo : « Parfois, je me considère comme un artisan ». Yes. Touché. Mais pas coulé, car Enzo, en vérité, est autant artiste qu’artisan… Il se rémunère certes grâce à des commandes, mais répond à celles-là en exprimant toujours un tempérament bien distinctif. Formé aux arts visuels et au graphisme à l’école Axe Sud de Toulouse, il jongle entre l’efficience du designer graphique et le brio du peintre. Résultat : ça claque. Et, pourrait-on dire : ça s’impose.

Grosse Pomme

Preuve en est d’une anecdote qui dit bien l’efficacité de son travail : Enzo est alors à New York, où il a passé trois mois et où il a connu la possibilité d’être exposé en galerie (à la MAD galery). Il déménage d’appartements en appartements, bouge à Brooklyn, ses tableaux sous le bras. Au détour d’une rue, se fait interpeller par des darons de la street : l’un d’entre eux veut lui acheter un portrait de Martin Luther King qu’il promène avec lui. Boom. Quelques jours plus tôt, c’était une professionnelle du milieu de l’art qui lui proposait de devenir son agent aux US et au Canada. Re-boom. L’Amérique lui tend les bras, une raison familiale réclamera de lui qu’il revienne en Bigorre… On peut imaginer que ce n’est que partie remise.

Ici et maintenant

Sa destinée s’écrit aujourd’hui dans les Hautes-Pyrénées, demain peut-être ailleurs. En attendant, il travaille dur, répondant aux commandes et poursuivant en parallèle son œuvre. Si vous vous promenez, par exemple, à l’Arsenal, si vous vous infiltrez dans un des anciens hangars qui quadrillent le quartier, vous tomberez peut-être sur une de ses fresques… Des échoppes, à Tarbes, ont également fait appel à lui, à l’exemple d’Attitude Coiffure, à Séméac, son premier client ; actuellement il redécore les huit cabanes roulantes d’une entreprise de BTP, entre autres projets. Par l’art, il a conquis son indépendance. On en profite pour faire, à son bénéfice, un peu de retape : si vous avez chez vous un grand mur qui vous semble un peu vide, rusez. Une surface, un artiste : boom et re-boom. Dans cette rencontre entre le support et la main, il n’y a pas que vous qui y gagnerez : il y a l’Art aussi. Et l’on ne connait rien, au Mag, qui soit plus excitant que de participer à ce genre de rendez-vous…

Enzo

Instagram : @eeennnzzzo

Tél. 06 15 96 75 25

Texte / Joseph C.Lacour – Photos / ©Enzo

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