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La Ciergerie de Lourdes Fières chandelles !

Certes pas une start-up. Depuis 1928, année où elle a été inaugurée, la Ciergerie de Lourdes produit inlassablement les mêmes cierges, n’ayant changé que peu de choses, depuis l’origine, dans ses procédés industriels. Et s’il est assisté de machines, le travail y reste essentiellement artisanal, fourni par une quinzaine d’employés, majoritairement des femmes, qui reproduisent année après année les mêmes gestes, qui protègent année après année la même tradition…

Naturellement, la crise du coronavirus a sérieusement impacté l’entreprise, et pour cause : le Sanctuaire de Lourdes, dont la fréquentation s’est littéralement écroulée ces derniers mois, est depuis toujours le principal partenaire commercial de la Ciergerie, s’y fournissant exclusivement et représentant plus de 80% de ses commandes. Actuellement, la production est arrêtée, les ouvriers ciergiers sont en chômage technique. Qu’importe : l’épidémie ne durera pas éternellement, et l’activité reprendra. L’essentiel, en période de crise, c’est de garder la flamme…

Bouge, bougie !

Cela n’empêche pas la Ciergerie de Lourdes d’être convaincue que le monde change, et qu’il faut qu’elle change avec lui ! Depuis plus d’une demi-décennie, l’entreprise œuvre à élargir son panel de clients : or, la concurrence, dans le marché des cierges, est rude ; mais quand les usines des pays en développement produisent à coût dérisoire des produits totalement industriels, la Ciergerie de Lourdes, elle, a fait un autre choix : celui de valoriser un savoir-faire artisanal vieux de près d’un siècle.

E-luminer le monde !

Rien d’étonnant, donc, à ce que l’atelier ait reçu de l’Etat, en 2017, le prestigieux label Entreprise du Patrimoine Vivant, intronisant la Ciergerie de Lourdes au sein de « l’élite » des manufactures françaises dépositaires d’un savoir-faire authentique et rare. Cela signifie-t-il pour autant qu’il faut « faire comme on a toujours fait », au prétexte que l’on a « toujours fait comme ça » ? Manifestement, pour la Ciergerie de Lourdes : non. L’entreprise, il y a quelques années, s’est par exemple dotée d’un site internet. Depuis quelques mois, elle s’est même lancée dans le e-commerce, un projet qu’elle cultivait déjà depuis l’été 2019, et qui a trouvé, fortuitement, son aboutissement en pleine crise du coronavirus, au moment où l’on avait le plus besoin de lui…

« Je fais de toi la lumière des nations » (Is 49, 6)

Alors qu’elle a réussi à convaincre déjà de nombreuses boutiques lourdaises de proposer ses cierges et ses votives à la vente plutôt que celles de la concurrence étrangère, la Ciergerie de Lourdes, avec son nouveau module de vente en ligne, entend désormais persuader les particuliers de commander, depuis chez eux et où qu’ils vivent dans le monde, les « officielles » bougies lourdaises.

« Le calendrier, dans un sens, est un hasard heureux. L’inauguration de notre nouveau site internet nous permet d’offrir à toutes les personnes qui ne peuvent actuellement pas venir à Lourdes la possibilité de se faire livrer, tout de même, un cierge de Lourdes. C’est une sorte de consolation… » précise auprès de nous Robin Arnaudet, chargé du développement du digital à la Ciergerie.

Ainsi soit-il !

La question que l’on peut se poser, au vu de l’ampleur de la crise sanitaire, est la suivante : la Ciergerie de Lourdes est-elle un modèle économique dépassé ? A l’étude des faits, c’est tout le contraire. Depuis l’origine, elle travaille avec le Sanctuaire pour récupérer tous les résidus de cire et de paraffine produits par la combustion des cierges. A une époque, on appelait ça du « bon sens », aujourd’hui, cela s’apparente fort à une démarche « éco-responsable ». Toutes ses productions sont travaillées à la main, gardant la trace de l’ouvrage artisanale qui est le leur (« Nos cierges sont tous différents, ainsi que le sont les intentions de prière de ceux qui les allument ») : et « l’artisanal », en France, est aujourd’hui fort apprécié. La confection des cierges est 100% locale, dans une logique de circuit court et de recyclage qui semble aujourd’hui absolument exemplaire. Serait-il possible que cette entreprise vieille de près d’un siècle ait compris avant les autres, par intuition, quelles seraient les attentes des citoyens du XXIe siècle ? Tout semble dire que oui. Vous la connaissez, cette fameuse citation attribuée peut-être faussement à André Malraux, toujours âprement discutée : « Le XXIe siècle sera mystique, ou ne sera pas » ? Après tout, qu’importe qu’elle soit juste ou pas, car une vérité s’impose : tant qu’il y aura des intentions de prières, il y aura des cierges. Et, à Lourdes, tout laisse supposer que ce sera, pour encore très longtemps, à la Ciergerie que reviendra la tâche d’apporter un peu de lumière dans le cœur des croyants. Alors : que la lumière soit ! Amen.

www.ciergerie-lourdes.com

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