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Marie-Anne Gorbatchevsky L’âme slave

Il ne manquait, pour accompagner notre conversation avec Marie-Anne Gorbatchevsky, qu’ un samovar fumant, qu’ une légère exhalaison d’agrumes mouillées de thé, et naturellement, que le bruit amorti de la neige recouvrant doucement la plaine… Il faut dire que l’entretien s’est tenu à Tarbes, et non dans le salon tapissé d’une datcha des campagnes moscovites. Qu’importe ! On peut voyager par l’esprit, ou même mieux : par l’art…

Voyez la Semaine Russe, par exemple, et dites-nous, dans le cas où vous avez déjà participé à une de ses éditions, que vous n’avez pas connu le sentiment du dépaysement ! Il est des événements qui sont comme des trous-noirs : ils déforment l’espace-temps, de sorte que vous vous trouvez projeté dans un lieu et une époque qui ne sont pas les vôtres, et qui vous réservent pourtant le plus charmant accueil…

Le Pain et le Sel

L’accueil, c’est l’un des soucis principaux de Marie-Anne Gorbatchevsky quand vient l’heure de la Semaine Russe, quand, au Théâtre des Nouveautés ou ailleurs, il faut souhaiter la bienvenue aux spectateurs, lesquels suivent pour certains l’événement depuis ses débuts. On vous fait un rappel historique ? La première édition de la Semaine Russe, c’était en 1996, et c’était déjà sous l’égide de Mme Gorbatchevsky. Le festival, en cette année 2020, en est à sa 22ème occurrence…

Flash-back

Autant dire qu’il en est passé, du monde, et du beau monde ! Marie-Anne Gorbatchevsky, devant notre enregistreur, se souvient. Elle évoque notamment le nom de Natalia Zvereva, célèbre metteure en scène moscovite avec laquelle elle avait monté une pièce sur la poétesse Anna Akhmatova, un an avant que ne se lance la Semaine Russe. Elle se rappelle la venue du merveilleux théâtre Kolyada en 2016, narre sa rencontre avec l’anthropologue Galina Kabakova, se remémore la virée tarbaise de l’académicien russophile Dominique Fernandez…

Lutte (pas) finale

Mais du passé, faisons table rase, et voyons ce que nous réserve l’avenir ? Du lundi 16 au dimanche 22 mars se tiendra l’édition 2020 de la Semaine Russe, dont le thème, cette année, est « Avant-garde et tradition ». Au programme, exposition « La Pâque Russe », conférence (probablement par Skype, mais la chose reste à confirmer…) du spécialiste de la littérature russe Gérard Conio, qui viendra parler d’un pionnier de l’avant-garde : Daniil Harms, buffets, lectures, séances ciné et, naturellement : théâtre ! On aura l’occasion notamment de voir une pièce du déjà cité Daniil Harms, intitulée CHUT ! ; une autre, que l’on doit à la plume du Français Jean-Pierre Cacérès, au titre prometteur de Propaganda, fantaisies soviétiques ; deux spectacles pour le jeune public et une création musicale et dansée de l’ensemble Troïka.

Visa

Toutes ces propositions, elles devraient permettre, encore une fois, aux âmes passionnées d’entreprendre un voyage au pays de Tchekhov et de Boulgakov, d’ouvrir une petite parenthèse slave dans leur quotidienneté bigourdane. Il en faudrait davantage, des événements de cette nature… Qui pour organiser une semaine sud-américaine, une semaine chinoise, une semaine africaine, etc., etc. ? Allez, cessons de verser dans le fantasme, et estimons-nous déjà heureux d’avoir, à Tarbes, une Marie-Anne Gorbatchevsky. Nous pouvons, grâce à elle, nous glorifier d’un beau festival dans notre département, qui diffuse autour de lui comme un parfum d’exotisme et, surtout, permet au plus grand nombre d’entrer en contact avec une culture mal connue des Français, pourtant immense par son éminence et sa grande prolixité. La « Matouchka Roussia » a encore tellement de choses à nous dire (!) : faisons le vœu qu’avec la Semaine Russe elle trouve encore pour longtemps l’occasion de les exprimer…

Texte / Joseph C.Lacour

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