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Sophie Theallet La mode qui a du cœur !

Si le vêtement dit beaucoup de celui qui le porte, il dit beaucoup aussi de celui, ou celle, qui le crée. Et cela n’est pas une hypothèse : c’est une certitude. Lorsque l’on voit, par exemple, le travail de Sophie Theallet, créatrice de mode mondialement connue ayant vécu une vingtaine d’années à New York, l’on ne s’interroge pas longtemps sur les convictions et les valeurs de cette native de Bagnères-de-Bigorre infiniment créative et infiniment prolifique : on a là affaire à ce que l’on appelle depuis la Renaissance, et en un simple mot, l’humanisme.

Mais reprenons au début : oui, Sophie Theallet, si elle a fait ses études de stylisme à Paris, si elle y a fait une partie de sa carrière, si elle a ensuite passé vingt ans à New York à concevoir des collections qui ont séduit nombre de personnalités notoires, si elle vit aujourd’hui à Montréal avec son mari où elle continue de travailler d’arrache-pied, est effectivement native de Bagnères-de-Bigorre, où elle a passé les dix-huit premières années de sa vie. Oui, c’est une Bagnéraise qui habillait, du temps où elle était Première Dame des États-Unis d’Amérique, Michelle Obama (!). Oui, c’est une Bagnéraise qui confectionne les robes de, entre autres, Jessica Alba, Kate Winslet, Inès de la Fressange, Kim Kardashian, lorsque celles-ci se rendent à des soirées de gala où les photographes se pressent pour fournir aux magazines people leurs images. Typically, an American success story ? Oui, sans nul doute, mais qui prend racine en Bigorre, ce que Sophie Theallet n’oublie en aucune circonstance.

Bagnères mon amour…

Elle nous l’assurera lors d’une longue discussion téléphonique : «Bagnères est dans mon cœur, et Bagnères sera toujours dans mon cœur, parce que c’est là où je suis née et que ces choses-là restent…» La médaille d’honneur que lui a remise la ville, en 2010, est la seule décoration que nous avons pu voir affichée sur son site internet, signe de la valeur que Sophie Theallet lui confère : «Je n’aime pas trop les décorations, mais le fait que celle-ci vienne de ma ville natale me remplit d’émotion ! Bagnères, c’est la ville où mon père, médecin, a fait sa carrière. Bagnères, c’est la ville où vivait ma maman, encore là au moment où l’on ma remis cette médaille. Et je sais que ça l’a rendu fière !». Comme quoi, on peut être mondialement connue, on peut habiller Michelle Obama, Lady Gaga et Jane Fonda, et être tout de même bouleversée par l’hommage que vous rend une petite ville de Bigorre en votre qualité d’enfant du pays. Humaine, trop humaine, Sophie Theallet ?

Auprès des grands !

Faisons une brève traversée dans la carrière de Sophie Theallet, voulez-vous ? Quittant la Bigorre à 18 ans, elle rejoint Paris pour entrer au Studio Berçot : elle y gagnera, par le travail, la possibilité d’œuvrer aux côtés des plus grands ! Jean-Paul Gaultier l’accueillera dans son atelier, avant qu’elle ne s’engage, en qualité de première assistante, auprès d’Azzedine Alaïa, peu connu du grand public malgré le fait qu’il soit considéré par beaucoup comme le «dernier grand couturier» français. Après avoir accumulé beaucoup de métier, elle rejoint, un peu par hasard, New York, où elle lance ses premières collections…

American Dream

«Oui, le rêve américain, à l’époque où j’étais moi aux États-Unis, était une réalité. J’étais jeune, j’avais un rêve : et les USA ont été l’endroit où ce rêve a pu devenir possible ! Cela ne veut pas dire que tu ne paieras pas le prix de prendre des décisions politiquement incorrectes, mais cela est vrai, je crois, partout dans le monde…» Le mot est lâché : «politiquement incorrect». 

A New York, Sophie Theallet est la première styliste à organiser un défilé animé exclusivement pas des mannequins de couleur. A New York, Sophie Theallet est la première styliste à signer un contrat avec une marque proposant de la lingerie pour les femmes «fortes». Des initiatives, nous précise-t-elle, dictées non pas par sa pensée, mais par son cœur, et sans doute aussi par un légitime sentiment de révolte quant au cantonnement de la production «haute-couture» à une seule morphologie, à un seul profil… «Je suis citoyenne du monde, nous précise Sophie Theallet, au sens de l’ouverture vers le monde, au sens du refus du préjugé face à ce que l’on ne connaît pas, au sens du refus de toutes formes de racisme et d’opinions préconçues sur une culture ou une civilisation.»

Tout est un peu politique…

Politique, la position de Sophie Theallet ? Elle le reconnaîtra avec nous : tout est un peu politique. On avait initialement convenu avec elle de ne pas en parler, mais Sophie Theallet nous a permis de l’évoquer : en 2016, alors que Donald Trump mène sa campagne, la styliste publie une lettre ouverte pour signaler l’incompatibilité fondamentale entre les valeurs du candidat républicain et ce qu’elle pense être l’Amérique. L’affaire fait grand bruit, Sophie Theallet reçoit un abondant courrier composé de lettres d’insultes venant du monde entier, mais aussi de mots de remerciement et de sympathie («des lettres merveilleuses, que je conserve toujours auprès de moi»). Trump est finalement élu, Sophie Theallet quitte les Etats-Unis et rejoint Montréal, où elle n’a aucune attache…

Nouvelle vie

Fatiguée également d’une certaine «starisation» de la planète mode, effrayé par la quasi-injonction faite aux créateurs de suivre un rythme de quatre collections par an, elle fonde au Canada «Room 502», une marque dont elle s’assure de la production «éthique» et qu’elle ne commercialise que sur internet, pour éviter les intermédiaires et la rendre plus accessible. On ne dira rien de sa ligne, nous ne sommes pas journaliste de mode. Nous confirmons en tout cas que Sophie Theallet trouve dans son aventure canadienne un sentiment de liberté retrouvée. «Et on est encore plus libre parce qu’on travaille en séries limitées ! Alors, ce que je fais en ce moment, non, ce n’est pas de la mode si tu recherches dans la mode quelque chose de trendy. Ou peut-être que ça l’est complètement ? Je ne crois pas que les gens ont envie, surtout en ce moment, de dépenser des fortunes pour «paraître». On va aller vers des choses plus sobres, des robes simples, bien coupées, que l’on peut garder, remettre, durables comme un bon costume du dimanche à l’époque où cela existait. Je crois à cela, je crois à l’idée qu’il faut réécrire aujourd’hui l’histoire de la mode, et travailler à ce que perdurent les savoir-faire.»

L’endroit où tout commence…

Pour la conversation que nous avons eue avec elle, nous remercions Sophie Theallet. Le monde de la mode n’est décidément pas étranger à celui de la vie. Oui, il y a, dans le milieu de la couture, de fâcheux travers, mais il y a aussi de belles idées, et de belles personnes. L’on est heureux que l’une d’entre elles soit bagnéraise… Mais il faut conclure (!) : que dire, sinon que les États-Unis sont décidément un endroit où tout peut arriver, le pire comme le meilleur, mais que la Bigorre, petite province insignifiante à l’échelle du concert des nations, peut être de son côté l’endroit où tout commence ? Elle l’a été pour Sophie Theallet, elle le sera pour d’autres ! Futurs citoyens du monde, n’oubliez pas, cependant, vos racines : et quand votre ville d’origine vous décernera, à vous aussi, une médaille d’honneur, on espère que vous aurez conservé intact ce sentiment d’émerveillement qui vous viendra de votre enfance, et qui sera né ici, non loin de nos belles montagnes pyrénéennes…

www.sophietheallet.com

www.room502.com

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