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Thierry Lavit Maire de Lourdes

On vous le disait en édito : le fait d’évoquer, en cette fin d’année, le cas particulier de Lourdes constituait pour nous un véritable point d’honneur, la ville ayant souffert davantage qu’aucune autre dans les Hautes-Pyrénées de la pandémie qui nous frappe : son maire, Thierry Lavit, a accepté de nous recevoir pour en parler avec lui. 

D’un entretien fleuve duquel transpirait l’amour que porte M. le Maire à sa ville, et dans lequel il a rappelé les exigences qui sont les siennes de concertation avec ses citoyens, de transparence quant à l’usage de l’argent public, et d’engagement pour l’avenir de la Cité mariale, nous n’avons pu retenir que ces deux pages, loin d’être représentatives de l’entièreté de la conversation que nous avons eue avec lui. Une chose, à la fin de l’entretien, demeurant : il y a de l’espoir pour Lourdes, même si la situation actuelle est difficile. La volonté municipale pour organiser la relance semble sans faille, les citoyens lourdais en constituant, pour M. le Maire, les acteurs principaux…

On le sait depuis l’été : si la saison touristique dans les Hautes-Pyrénées n’a pas été catastrophique (loin de là), Lourdes, habituée à accueillir un public international, a connu une baisse de sa fréquentation et de son activité sans précédent. Y-a-t-il des raisons de conserver espoir ? L’intervention de l’État va-t-elle, enfin, être actée ?

On ne peut pas dire que les services de l’État et que l’État lui-même soient restés les bras croisés. Je suis conscient de l’impatience des saisonniers, des commerçants, des hôteliers qui pour la plupart attendent des mesures immédiates. Or, un tel plan de relance, pour être pérenne, doit aussi et surtout se projeter dans le moyen et le long terme, il doit être réfléchi dans une vision de territoire et sur le temps long. L’État et la Région ont déjà beaucoup fait comme l’a d’ailleurs rappelé récemment le Préfet Rodrigue Furcy. Ce sont des dizaines de millions d’euros, plus de 40, qui ont été injectés. Quant à la Région, comme l’a indiqué la présidente Carole Delga, des mesures envers les hôteliers existaient déjà mais d’autres sont venues les renforcer et ce pour plus de 20 millions sur 3 ans. L’avenir devrait nous permettre de voir mises en œuvre d’autres nouvelles mesures…

Le préfet l’a annoncé : en 2021, il est probable que de nombreux pèlerinages, à leur tour, ne soient pas maintenus ; contre cet état de fait, Rodrigue Furcy évoque une sorte de « changement de modèle », qui éviterait, de ce que nous en avons compris, l’écueil de tout espérer de l’accueil de visiteurs venus pour des raisons essentiellement cultuelles. Lourdes a-t-elle trop misé sur le tourisme ? Faut-il travailler à diversifier ses activités ?

Nous sommes nombreux à partager cette analyse, et, aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur ce diagnostic, jusqu’au plus haut niveau de l’État. Que ce soit Bruno Le Maire, ministre des Finances, de l’Économie et de la Relance, lors de la visite interministérielle du 10 août dernier, Éric Lombard, directeur de la Caisse des dépôts ou encore les acteurs locaux : tous ont insisté sur l’union sacrée entre les parties prenantes au projet d’une part, et l’obligation de repenser le modèle économique d’autre part. En ajoutant que c’était une condition sine qua none pour une relance pérenne de l’économie locale. Il faut véritablement changer de logiciel et la relance passe impérativement par une requalification de la ville. Il ne faut pas oublier que l’économie lourdaise dépend à 90% du tourisme (3 millions de visiteurs annuels), que 30% de l’emploi salarié y est saisonnier, ni que Lourdes représente, avec 157 ME pour la filière hôtelière [estimation], près de 24% de la consommation touristique départementale (658 ME estimés). Le Covid, qui a entraîné une baisse de 90% du chiffre d’affaire de la ville, met donc à rude épreuve son système économique. Parallèlement, on a pu remarquer que le tourisme, dans le département, ne s’est pas trop mal porté cet été : pour cette raison, nous sommes nombreux à penser que travailler sur un vrai schéma de territoire est nécessaire. Lourdes se trouve à l’entrée des Vallées des Gaves, elle est la porte d’un incroyable patrimoine naturel et culturel. Cet atout, naturellement, doit être valorisé. Le pèlerin peut tout-à-fait devenir un touriste, et réciproquement. Et pourquoi pas, plus tard même, un habitant ?

Malgré une conjoncture encore floue, différents signes (vaccins, etc.) laissent envisager un possible « retour à la normale » dans les mois à venir : avez-vous déjà une feuille de route pour mettre en œuvre ce qui, à Lourdes, s’apparentera (peut-être encore plus qu’ailleurs) à un « monde d’après » ?

La feuille de route que nous écrivons avec mon équipe en collaboration avec les acteurs que sont le Préfet et le Recteur s’inscrit à l’évidence dans le « monde d’après » où l’humain a toute sa place dans le respect de l’environnement et ce pour les générations futures.

Croyez-vous aux miracles, monsieur le Maire, ou être-vous confiant dans le fait que l’homme trouvera en lui les ressources nécessaires pour que, à Lourdes, la situation s’améliore ?

Je suis quelqu’un de confiant et j’ai foi en l’homme et en l’humanité. La réussite de notre rebond tient à deux conditions : la préparation et la résilience. La survie de Lourdes dépendra surtout de notre faculté d’adaptation, et il faut que l’on réussisse à dépasser les contraintes subies pour en arriver aux « opportunités ». Comment ? Personnellement, j’ai toujours été convaincu que l’on travaille mieux quand on travaille ensemble. Il est donc indispensable qu’il y ait réflexion collective dans l’intérêt général de la ville, au-delà des clivages entre haut et bas de la ville. 

Lourdes est avant tout un territoire qui est porteur d’un ADN particulier avec pour marqueurs des valeurs profondément humaines. Le futur promet d’être différent, certes, car il y aura partout dans le monde un « avant » et un « après » Covid. Aujourd’hui, même si cela semble long et imparfait pour certains, nous sommes assurés d’un soutien fort de l’État qui, dans son plan Tourisme, a fait une place toute particulière à la ville de Lourdes. C’est une opportunité, une chance pour un maire fraîchement élu que d’avoir le soutien plein et entier de l’État, du Préfet et de la Région. Aujourd’hui, Lourdes est à un tournant de son histoire. Mais elle se relèvera, je le sais, j’en suis sûr, parce que je sais aussi ce que tous les Lourdais, dans leur cœur, savent : que Lourdes est plus qu’une ville.

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