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Vallées d’Aure et Louron, enfants gâtées des Pyrénées

Pays d’Art et d’Histoire depuis 10 ans et bénéficiant de dispositifs de protection renforcée des espèces et des paysages, les vallées d’Aure et Louron ont obtenu en avril le label Grand Site Occitanie. Avec Jacques Brau, auteur tombé sous le charme des vallées, visite d’un joyau aux multiples facettes. 

« Le voile tombe d’une façon magique, c’est la vallée d’Aure qui se déploie toute entière sous les yeux, parée de ses nombreux villages, de ses antiques forêts, de ses riches cultures, de ses riantes prairies… je rassasiai ma vue de ce vaste tableau ». Ramond de Carbonnières, Août 1787 Le dossier Grand Site Néouvielle Aure Louron (dénomination provisoire) a été porté par la Communauté de Communes Aure- Louron et le Pays d’Art et d’Histoire. Sa force, « une qualité patrimoniale naturelle et bâtie, et ses équipements touristiques », indique Laurent Bazerque, chargé de mission. Rendez-vous à la Maison du Patrimoine, à Saint-Lary. Inaugurée en juillet 2017, elle expose tous les patrimoines des vallées, parfait pour une première découverte. Pour nous guider, Jacques Brau était instituteur, obtenant son premier poste à Tramezaygues en 1964, il avait 20 ans : « Immédiatement je me suis senti chez moi. J’ai enseigné en classe unique à Tramezaygues, puis à Azet ». Se passionnant aussitôt pour l’histoire de la vallée d’Aure, il amassa livres, documents et photos, intéressant « des enfants qui ne sortaient pas de leur village » à leur environnement. Aujourd’hui retraité, il est l’auteur de trois ouvrages, dont le très complet Pays de Nestes et de Comminges, des origines à nos jours.

Des siècles d’indépendance et de paix 

Nous commençons par l’église de Bourisp, « la plus complète, avec l’un des plus vastes programmes peints des vallées d’Aure et du Louron, dont l’étonnante Cavalcade des sept péchés capitaux sous le porche, unique dans son traitement. Le XVIème siècle fut marqué par un renouveau de la peinture, on décorait et on instruisait en même temps ». En vallées d’Aure et Louron, la concentration d’églises décorées est exceptionnelle, et Jacques a l’explication : « De la Pax Romana jusqu’à la Révolution, le territoire est passé de mains en mains sans connaître la guerre et en préservant son autonomie, constituant un véritable conservatoire du patrimoine. Sous l’impulsion des évêques du Comminges et des relations régulières avec l’Espagne, les vallées bénéficièrent d’une floraison de formes artistiques locales et itinérantes, au sein d’églises romanes agrandies ». Après Bourisp, Jacques nous entraîne vers Génos et sa fière tour de guet, dont l’existence est attestée dès 1256 dans le cartulaire de Comminges : « J’aime ce lieu, dominant, qui offre un bon aperçu du Louron : on découvre l’économie de la vallée avec ses villages, le pastoralisme, l’hydroélectricité en vallon de la Pez, le tourisme avec Balnéa, plus loin les stations de ski ». Entités politiques pourtant différentes, les vallées d’Aure et Louron virent fleurir en plein Moyen-Age des tours de guet ou « tours à signaux ». Edifices d’observation et de défense, elles formaient un réseau « mais n’ont jamais été attaquées, sauf à Tramezaigues ». Pour l’anecdote, le romancier Paul Faval situe l’action du « Bossu ou le petit Parisien » dans la tour de Génos…

Une économie prospère, un paysage évoluant avec le temps 

Pour conclure notre visite, direction Guchen et son fabuleux triptyque de tables d’orientation par le chemin des Pouys. L’une orientée vers Ancizan, l’autre vers Guchen, la dernière vers les hauts sommets : « Au XVIème siècle, Ancizan comptait 500 âmes, c’était l’un des villages les plus dynamiques avec des moulins, une scierie. A cette époque les vallées connurent une explosion commerciale et une intensité de vie, en partie grâce au développement de l’industrie de la laine ». Voie de passage depuis l’âge de fer, témoin d’un important commerce, d’accords transfrontaliers et courants migratoires, la vallée d’Aure se développa plus tard avec l’avènement du tourisme. En 1957, le premier téléphérique reliant Saint-Lary au Pla d’Adet lança les débuts du ski, s’ouvrait alors une nouvelle ère. Pour conclure un dernier détail, et pas des moindres : « La vallée d’Aure, c’est aussi son climat exceptionnellement ensoleillé. Lorsque le col du Somport était trop enneigé, les voyageurs empruntaient celui de Plan. C’est ce que fit Robinson Crusoë qui revenait d’Espagne accompagné de Vendredi et d’un guide aurois, en 1688 ». Voyage qu’entreprit réellement l’auteur du roman, Daniel Defoe…

Nous remercions chaleureusement Jacques Brau pour nous avoir guidés dans ses vallées qu’ il aime tant, et la Maison du Patrimoine à Saint-Lary pour son accueil et sa documentation. 

Laissez-vous conter le pays des vallées d’Aure et du Louron

Avec onze édifices classés Monuments Historiques dont deux monuments inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des Chemins de Saint- Jacques de Compostelle, un Site Patrimonial Remarquable avec le centre-bourg d’Arreau, les vallées d’Aure et Louron possèdent un patrimoine bâti considérable. A cela s’ajoutent des villages typiquement montagnards et des installations hydroélectriques qui participèrent activement à l’essor économique. Pour les découvrir, le Pays d’Art et d’Histoire organise tout au long de l’année des visites à destination de différents publics sur des thématiques variées. De l’architecture traditionnelle des maisons aux centrales hydroélectriques, en passant par les églises romanes et tours de guet, laissez-vous conter l’histoire et le patrimoine de ces villages de montagne. Visites « classiques » (découverte d’une église ou d’un village), circuits de découverte, visites gourmandes (visite d’un village suivie d’une rencontre avec un producteur local), nocturnes (visite d’un village aux flambeaux à la tombée de la nuit).

Réserve naturelle nationale du Néouvielle

Magnifique paysage sculpté par les glaciers, le massif granitique de Néouvielle est un véritable jardin suspendu, un petit paradis où la nature a su agencer roches, plantes et eau dans une harmonie parfaite : « Les lacs, petits ou grands, il y en a des milliers, et presque toujours ils se groupent en famille. Ils sont sociables », note Henry Russel en 1904. L’intérêt scientifique du Néouvielle fut confirmé en 1922 sous l’impulsion du professeur Jammes avec la fondation à Orédon d’un laboratoire de biologie. Créée en 1936 par la Société d’Acclimatation de France, la Réserve naturelle nationale fut reconnue officiellement en mai 1968, sa gestion confiée au Parc National des Pyrénées. Territoire de haute montagne, les richesses naturelles ont fait la célébrité de la réserve dans le monde scientifique : Pin à crochets, qui croît ici jusqu’à 2600 m, tourbières, milieux ouverts, aquatiques (571 espèces d’algues !), lacs oligotrophes et torrents abritant deux espèces endémiques, le desman et le crapaud accoucheur, restant têtard pendant 20 ans ! La Réserve naturelle nationale du Néouvielle est un territoire fragile et donc protégé. Une réglementation spécifique s’y applique, avec un dispositif d’accueil mis en place dès 1994 par le SIVU Aure-Néouvielle. Sources Parc National des Pyrénées et Maison du Patrimoine. 

Informations : www.saintlary.com
http://www.visit-neouvielle.com
Renseignements et réservations au : 05 62 98 42 46 ou 06 42 17 66 31
www.patrimoine-aure-louron.fr

Photos : HPTE – OT Vallée du Louron

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