

Vous pensiez que l’occitan était une langue moribonde, parlée aujourd’hui par une -poignée d’irréductibles nés au siècle dernier ? Grossière erreur : non seulement elle est bel et bien vivante, mais elle est, en plus, en pleine effervescence.
Si le Mag devait résumer Benjamin Bouyssou en deux mots, voici ce que nous dirions : amoureux de la langue. Passionné par l’occitan-gascon, il fait vivre la lenga de mille et une manières, notamment grâce à l’application Ethos qu’il a lui-même créée. Rencontre.
Benjamin, 30 ans, et né et vit à Tarbes. D’où vient cette passion pour la langue ? « J’ai été élève à l’école Calandreta, à Tarbes ; c’est là que j’ai appris l’occitan-gascon et que j’ai découvert le chant et les instruments traditionnels : la flûte à 3 trous pyrénéenne, la cornemuse landaise (la boha), le tom-tom… ». Il continue ensuite la musique, notamment en rejoignant l’ETMT, l’École tarbaise de musique et traditions, puis ses études le mènent à Toulouse, où il forme, avec quelques amis, un groupe de jazz-rock : « C’est en faisant un concert que j’ai eu le déclic : je me suis dit “c’est ça que je veux faire”. J’ai arrêté les études et je suis rentré à Tarbes ».
De retour au bercail, il continue le jazz, se forme à la MAO (musique assistée par ordinateur), et reprend la musique traditionnelle. Un jour, dans l’auditorium du conservatoire de Tarbes, il entend des musiciens jouer de la musique trad, et c’est le deuxième déclic : « J’ai entendu cette musique comme je ne l’avais jamais entendu avant : il y avait de la virtuosité, de l’énergie, de l’harmonie… J’ai pris une vraie tarte. J’ai compris que j’avais cette musique au fond des tripes. J’ai arrêté le jazz et je me suis lancé à fond dedans ». Dès lors, il trace sa route : il passe un diplôme de musiques traditionnelles, monte différentes formations (Cracade, DBRB, Duo Fario…), et enchaîne les bals, les concerts, les interventions scolaires, etc.
Un jour, il eut une excellente idée : « Une amie qui habitait à plusieurs centaines de kilomètres m’appelle : elle venait dans le coin et voulait savoir s’il y avait un événement trad. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas d’outil pratique pour recenser ce type d’événement : il existait des agendas sur Internet, mais c’était des sites un peu vieux et mal fichus. Je me suis dit : il faut créer une appli ». Comme une bonne idée ne vient jamais seule, il a pensé à autre chose : quand on va dans une cantère, si l’on oublie son carnet de chansons, on l’a dans l’os, alors qu’il y a un objet qu’on a toujours sur nous, notre smartphone : « Je me suis dit : pourquoi ne pas faire une application qui recense les événements, et qui contienne aussi un répertoire avec les paroles des chants occitans-gascons ? ». Voilà comment, après un gros travail de mise en place, l’appli Ethos a vu le jour en septembre dernier.
Ethos est gratuite et très simple d’utilisation. Une fois installée, on visualise en un coup d’œil tous les événements trads organisés autour de chez nous, avec tous les détails nécessaires. Il y a également un répertoire conséquent, avec plus de 2000 chants (paroles et descriptions historiques) : « Le but est de proposer un répertoire de spécialistes, montrer la diversité, comprendre ce que l’on chante et pourquoi on le chante ». Il y a également une partie « Artistes », où l’on peut découvrir nombre de formations qui chantent en langue traditionnelle. Allez donc jeter un coup d’œil, vous serez surpris : on y trouve aussi bien du bal trad gascon que du rap marseillais ou de l’électro catalan ! Quant aux chansons répertoriées, elles trouvent bien sûr leur source dans le grand sud-ouest, mais pas seulement : on y découvre des chants venus du Canada, de Bulgarie, du Brésil, d’Allemagne, du Chili… Petit à petit, l’appli tend à devenir une vraie référence en la matière. Chers lecteurs, le Mag vous encourage fortement à la télécharger pour découvrir tout ce qu’elle peut vous proposer !
Impossible de citer ici tout ce que fait Benjamin pour faire vivre la lenga. Signalons tout de même sa participation active à La Passem, cette course-relais qui prend de plus en plus d’ampleur, ainsi que son initiative de créer le Carnaval Bigourdan, qui a lieu tous les ans à Tarbes. Benjamin est également conteur : il s’est formé à cet art ancestral et magnifique qui consiste à transmettre des histoires. « Connaître sa culture est essentiel : ça permet de savoir d’où l’on vient, mais aussi de s’ouvrir plus facilement à la culture des autres afin de créer du lien ». Un dernier mot ? « N’hésitez pas à être curieux, à vous laissez la possibilité de découvrir la lenga. Il y a une grande ouverture d’esprit ; notre génération n’a plus la “bergougne”, c’est-à-dire la honte de sa culture : on veut la parler, la faire vivre. “Tradition” est synonyme d’“évolution” : ce qu’on veut, c’est faire société tous ensemble, avec nos particularités ». Merci, Benjamin !
Application « Ethos » disponible sur iOS et Android (gratuit)