

Bastien Thirel, 18 ans, est venu spécialement de La Réunion pour se former à L’AGB, l’Académie des Gardiens de But située à Argelès-Gazost. Entretien.
Il y a deux ans, Bastien s’est envolé de son île natale. Il a choisi de quitter ses amis et sa famille pour vivre son rêve, avec un seul objectif en tête : devenir footballeur professionnel.
Bastien est fan de foot depuis toujours. Jusqu’à l’âge de 16 ans, il vivait à La Réunion : « Là-bas, il n’y a pas la possibilité de devenir professionnel. En tant que gardien de but, je n’avais jamais eu la chance d’avoir un entraînement spécial. C’est pour trouver cet entraînement que je suis venu ici ». Les gardiens ont, en effet, besoin d’une formation spécifique, différente des autres joueurs. Bastien, lui, avait basé son jeu principalement sur l’instinct : « Ça m’a porté préjudice quand je suis venu en métropole : j’avais énormément de lacunes et de gestes parasites. On a dû changer ça avec mes coachs ».
C’est à l’AGB, l’Académie des Gardiens de But située à Argelès-Gazost, qu’il a trouvé sa place : « L’Académie m’a permis de prendre en maturité, en responsabilité, et de devenir la meilleure version de moi-même. À la Réunion, j’avais tout juste 10 de moyenne en seconde ; quand je suis arrivé en France, j’avais un contrat avec mes parents : je devais cartonner dans les études. L’AGB m’a fixé un cadre : si j’avais de mauvaises notes en cours, je ne pouvais pas m’entraîner, je devais aller en études pour réviser ». Pour lui, l’entraînement est primordial : il a donc fait en sorte d’avoir les meilleures notes possibles. Il a décroché son bac en juillet dernier ; cette année, il suit, en parallèle de sa formation footballistique, un BTS comptabilité à Marie Curie, à Tarbes.
Comment avez-vous connu l’AGB ? « Je cherchais une école de formation. J’étais désespéré, car je ne trouvais rien, et la rentrée approchait… Un jour, mon oncle m’a parlé de l’Académie : ça m’a intéressé, j’ai fait le stage d’une semaine et ça m’a tout de suite plu ». Les débuts n’ont pas été faciles : « C’était très dur à cause de la distance. Je suis loin de chez moi, je ne rentre pas les week-ends, c’est à moi de tout gérer, de me donner une chance de réussir… Mais je me suis accroché ». Installée dans le lycée d’Argelès-Gazost, l’Académie a formé en 16 ans plus de 400 gardiens venus de toute la France. Jusqu’à l’an dernier, elle formait des jeunes de la 6e à la terminale ; cette année, une formation post-bac a été mise en place. Pour l’instant, Bastien est le seul à en bénéficier.
Actuellement, le jeune homme joue au club de Pontacq, fait des études et poursuit sa formation à l’AGB. Du coup, il n’a pas le temps de s’ennuyer. Parvenez-vous à garder un peu de temps pour vous ? « Généralement, je ne fais plus de foot pendant trois semaines ou un mois après la fin de la saison, histoire de souffler et de relâcher la pression. Sinon, je reste concentré sur mon objectif : c’est tellement important pour moi de réussir que je mets tout en place pour y arriver ».
Qu’est-ce qui vous plaît dans le poste de gardien ? « On est le dernier défenseur, la dernière personne qui peut sauver l’équipe. C’est un poste très dur mentalement. On peut n’avoir rien à faire pendant tout le match, puis avoir une action à la dernière minute : si tu te loupes, on va dire “le gardien n’avait qu’un truc à faire, et il ne l’a pas fait”. L’attaquant peut rater dix occasions, s’il met la onzième au fond des filets, ça peut sauver le match. Un gardien peut faire dix arrêts, s’il rate le onzième, c’est perdu. C’est un poste où il y a une grande solitude, mais ça fait partie des choses qui me plaisent ».
« Si je me suis donné les moyens de quitter mon île, c’est pour y arriver et montrer aux autres que c’est possible. Montrer à ceux qui hésitent ou qui ne savent pas quoi faire que quand on travaille et qu’on ne lâche jamais rien, tout est possible. Le travail paie toujours. Je sais que je vais y arriver, ce n’est qu’une question de temps ; de toute façon, dans le pire des cas, j’aurais essayé et je n’aurais aucun regret ». Dans un an, il doit commencer à faire des essais dans des clubs professionnels. Bastien, qu’est-ce qui vous fait vraiment rêver ? « Aller jouer en Angleterre, dans le meilleur Championnat du monde ». Dans une équipe particulière ? « Chelsea ! Je suis fan de cette équipe, c’est mon club de cœur. Et bien sûr, jouer dans l’équipe de France… c’est un de mes objectifs ». On vous souhaite de tout cœur d’y arriver !