

Le Tarbais Henri Gourdin vient de publier deux livres passionnants sur l’histoire des parcs nationaux, avec une place toute particulière accordée au Parc national des Pyrénées. Rencontre avec un amoureux de la nature.
Tous les Bigourdans connaissent l’existence de notre parc national, mais que savons-nous réellement de son histoire ? Henri nous offre de précieuses informations dans ses nouveaux ouvrages, Ce que les siècles ont construit, l’homme ne doit pas le détruire, et Monuments naturels – une histoire des Parcs nationaux français.
Aujourd’hui retraité, Henri était ingénieur dans le domaine de l’eau : « Je suis né en Belgique, puis j’ai travaillé un peu partout dans le monde : Afrique du Nord, Angleterre, Floride… Je me suis ensuite fixé à Montpellier, avant de venir vivre dans les Pyrénées il y a 15 ans ». En France, il s’est spécialisé dans un procédé d’épuration écologique : « J’ai construit une dizaine de stations d’épuration selon ce procédé dans le secteur des Pyrénées ».
Un fil conducteur relie toutes les périodes de sa vie : la préservation de la nature. « Je suis inquiet par rapport à ce qu’on est en train de vivre : le réchauffement climatique, la chute de la biodiversité, la disparition d’espèces… Tout cela est lié à l’action humaine : de quel droit l’homme s’arroge-t-il le pouvoir de faire disparaître des espèces qui ne nous ont rien fait de mal ? » Dès sa jeunesse, Henri a été marqué par les chantiers d’autoroute qui détruisaient l’écosystème autour de chez lui : « C’est la même chose pour les canicules que l’on vit actuellement : elles sont la conséquence des voyages en avion, des transports frénétiques… ».
Parallèlement à cet engagement, Henri cultive la passion de l’écriture : « Vers 30 ans, j’ai eu l’occasion d’écrire et je me suis lancé dans une biographie de Jean-Jacques Audubon, un personnage qui a beaucoup compté dans ma vie d’auteur ». Il a ensuite publié de nombreuses biographies : « J’ai beaucoup écrit sur la vie des naturalistes et des pionniers dans le domaine de la protection de la nature. ». Ses recherches l’ont conduit à accumuler beaucoup d’infos sur une centaine de naturalistes qui sont intervenus dans la création des parcs nationaux : « Je me suis rendu compte qu’aucun d’entre eux n’avait de biographie. En 2015, j’en ai parlé à mon éditeur : je lui ai dit qu’il fallait faire quelque chose, et il m’a dit oui ».
Henri, y a-t-il des hommes qui vous ont marqué, dans l’histoire du Parc national des Pyrénées ? « Je pense à un garde nommé Jean-Paul Crampe. Il a fait partie, à la fin des années 60, des premières générations de gardes-moniteurs : c’était des gens du cru, des fils d’éleveurs, de paysans. Ils ont fait un boulot fantastique : avant eux, il n’y avait pas un chemin, pas un panneau, pas un refuge. » Jean-Paul Crampe était affecté au secteur de Cauterets : « Il travaillait surtout sur les isards : il les comptait, les soignait… Il a eu connaissance d’une espèce qui était anciennement présente dans les Pyrénées et qui avait disparu : le bouquetin. Il a coordonné sa réintroduction, et les premiers lâchers ont eu lieu en 2014 sur les hauteurs de Cauterets. Les hommes avaient éliminé le bouquetin principalement pour ses cornes, pour en faire des trophées ; ce n’était même pas pour le manger… Jean-Paul Crampe a dit : “Moi, je vais le remettre dans les Pyrénées françaises !” ».
Selon vous, quel est le principal défi actuel du Parc national des Pyrénées ? « L’affluence. Il y a trop de visiteurs. Tous les parcs nationaux sont confrontés à ce problème. Il y a aussi la disparition de la culture de la nature : pour une majorité de visiteurs, le Parc est comme un Disneyland où tout est permis. Pourtant, le Parc a une excellente stratégie : les agents peuvent verbaliser, il y a des panneaux, un côté pédagogique, mais on ne peut pas aller contre la bêtise et l’ignorance. L’affluence et le comportement des touristes sont un véritable défi. »
Qu’est-ce que les Bigourdans ignorent le plus souvent à propos du Parc ? « Je dirais que c’est son fonctionnement. Il y a une multitude de métiers : directeurs, service technique, conseil administratif, conseil scientifique, gardes… On compte environ cent employés. Les gens savent qu’il y a un Parc avec une zone cœur et une zone périphérique, mais son fonctionnement, c’est la boîte noire. On ne se rend pas compte du dévouement, des compétences et de l’engagement des personnes qui y travaillent. C’est tellement exigeant, comme boulot ! » Autre chose : « Le Parc des Pyrénées se débrouille très bien au niveau des labels internationaux. Il bénéficie par exemple du label “Ciel étoilé”, distinction seulement décernée à une vingtaine de sites dans le monde ».
Merci, Henri !