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Les Boutons d’Or : Je t’aime un peu, beaucoup… pas du tout.

Charlie Hebdo qui consacre de belles pages à Bagnères : on pourrait s’en réjouir ! Mais voilà que les Hautes-Pyrénées se réveillent avec une sacrée gueule de bois. Pensez donc, au centre du département, c’est tout simplement à un village de fous que l’on a affaire. Honnêtement, ça nous avait échappé.

Ce qui a fait se déplacer une journaliste de Charlie Hebdo dans nos lointaines contrées ? Une école, tout simplement, à propos de laquelle on avait écrit deux pages il y a quelques mois : l’école des Boutons d’Or. Sujet brûlant : l’établissement se réclame de la pédagogie Steiner-Waldorf, dont le philosophe et occultiste Rudolf Steiner fut le théoricien. Or le bonhomme, il y a plus d’un siècle, a fondé l’anthroposophie, un courant spirituel dans lequel il y a des idées intéressantes comme des inepties. Anthroposophie dont la Miviludes a estimé qu’elle pouvait présenter un risque de dérive sectaire. Vous voyez le tableau.

Charlie Ragot

A Bagnères, sur le marché, ça grince. On s’y promène quelques jours après la diffusion en kiosque du numéro de Charlie Hebdo déjà mentionné, quelqu’un nous tend un tract. Titre : « Charlie Ragot ». Ambiance. On a pris notre pèlerine, et on est retourné voir Caroline Delaborde, directrice des Boutons d’Or, pour discuter avec elle de cette ébullition.

Socle commun

On ne pourra dans le détail exprimer la façon dont s’organise la pédagogie aux Boutons d’Or. Mais on a lu le projet pédagogique de l’établissement, pas mal de textes, de courriers, bref, on a mené l’enquête. Dans le projet pédagogique, vous avez un certain nombre d’attendus invoqués comme : « comprendre un texte », « acquérir et partager les valeurs de la République », « résoudre des problèmes en utilisant des fractions simples »… «Comme toutes les écoles, nous sommes tenus de faire progresser les élèves vers l’acquisition du socle commun de compétences et de connaissances, et l’Inspection académique veille à que ce soit le cas par des visites
régulières
» précise Caroline Delaborde. «En revanche, on est libre de notre programme et des moyens pour que soit transmis à l’élève le socle commun à l’issue de la scolarité.»

Les dérives de Steiner ?

… l’école les ignore : «Aux Boutons d’Or, nous nous intéressons aux propositions pédagogiques issues du mouvement des écoles Steiner-Waldorf, en gardant surtout l’idée d’une grande liberté donnée au professeur d’organiser son cours, dans le respect du rythme de chaque enfant.» Une place significative est donnée à l’étude en pleine nature, ainsi qu’au travail manuel et artistique. Rien de très inquiétant non plus de ce côté-là.

Notre conviction

Notre entretien avec Caroline Delaborde et avec un parent d’élève (les parents d’élèves étant très impliqués dans la vie de l’école) a duré longtemps. On ne pourra pas s’étendre, mais on livre notre intime conviction : Les Boutons d’Or, c’est une école sur laquelle l’Inspection académique a son mot à dire, et qui se doit, comme toutes les autres écoles, de respecter la loi. L’IA a soulevé, lors de ses passages, des points à améliorer : l’école s’y conforme. En attendant, et jusqu’à preuve du contraire, on est libre, en France, de proposer des projets pédagogiques alternatifs. On peut bien sûr débattre et discuter. Communiquer, c’est mieux comprendre, et mieux comprendre, c’est moins s’inquiéter : mais encore faudrait-il pour cela s’autoriser le dialogue. Les Boutons d’Or y aspirent, et l’ont demandé auprès d’un certain nombre d’interlocuteurs possibles. Il serait peut-être temps, maintenant que Charlie Hebdo nous a échaudé, de se mettre autour de la table.

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