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  • Bigorre Mag

Lisez pyrénéen !

Il est encore loin d’être venu le temps où l’on aura lu tout ce que l’on a pu découvrir, il y a quelques semaines, au Salon du Livre Pyrénéen – 12ème édition ! En attendant qu’on achève notre voyage dans une actualité littéraire décidément foisonnante, voici le compte-rendu qu’on a tiré de deux ouvrages dont la lecture, pour qui se sent pyrénéen dans l’âme, est absolument nécessaire…

Pyrénées, État des lieux

Ouvrage collectif sous la dir. de J-F Soulet

Éditions Cairn

Ce ne sera pas brosser ses auteurs dans le sens du poil que de le dire : « Pyrénées, état des lieux » est tout simplement l’ouvrage consacré à nos montagnes le plus important et le plus significatif paru ces dernières décennies. L’ambition, lors de sa constitution, était de « dépoussiérer » le mythique « Taillefer » de 1974, qui avait été, en son temps, la référence savante en matière de connaissance encyclopédique du massif pyrénéen. On doit à Jean-François Soulet, historien bien connu des Bigourdans, le haut-mérite d’avoir bien voulu endosser la responsabilité d’une entreprise aussi périlleuse, et de l’avoir aussi admirablement, aux côtés de prestigieux invités, mené à bien. Quiconque voudra mieux connaître son pays, son histoire et son actualité, trouvera intérêt à lire (au moins) un chapitre de ce livre. De la préhistoire jusqu’à notre actualité immédiate, en passant par l’ère protohistorique, antique, médiévale, moderne, dix-neuvième : tout y est ou presque, avec des trésors de détails et de connaissance qui peuvent surprendre et donner le vertige, et amènent un œil nouveau sur le massif, en regard des recherches et publications réalisées ces quarante dernières années. Certaines pages sont fameuses : le chapitre sur l’invention du paysage, par exemple, rédigé par Serge Briffaud, est lumineux en plus d’être très instructif. Le chapitre de J-F Soulet, intitulé « Sociétés, croyances et mentalités – Mythes et réalités », apporte de précieuses précisions sur ce que l’on croit savoir de l’organisation familiale pyrénéenne, et du rapport du Pyrénéen à la religion et au pouvoir. Un chapitre de l’historien médiéviste Benoit Cursente rapporte d’intéressantes informations sur l’invention du système de droit d’aînesse quant à la question de l’héritage. On en oublie, mais on n’oubliera pas de reconnaître les apports considérables que cet imposant volume de plus de 600 pages rend accessibles au public, en explorant des pans historiques jusque-là peu commentés, et en rendant compte des trouvailles de domaines de recherches récents et inconnus du temps de Taillefer. Tout bonnement magnifique, comme l’est l’objet auquel ce livre se rapporte…

Le Montaigu, Montagne Pastorale de Bigorre

Alain Cazenave-Piarrot et Gilbert Peyrot

Éditions Loubatières

Car, après tout : pourquoi pas le Montaigu ? Depuis la plaine de Tarbes, on ne voit que lui… si l’on n’a pas l’attention exclusivement fixée sur le Pic du Midi ! Alain Cazenave-Piarrot et Gilbert Peyrot, à la manœuvre d’un ouvrage documenté et stimulant, n’ont pas pu passer à côté des relations du Montaigu avec son prestigieux voisin, et relatent même, sur quelques pages, le rapport distant qu’entretint le Pyrénéisme avec cette « moyenne-montagne » de Piémont. Via sources écrites et témoignages oraux, les deux auteurs cheminent – surtout – dans l’histoire pastorale du massif du Montaigu (laquelle se perpétue encore assez fortement aujourd’hui), tout en faisant état d’une transformation évidente de la « dimension symbolique » des lieux. L’ouverture de la station du Hautacam (dont on apprend dans l’ouvrage qu’elle ne porte ce nom, artificiellement conçu pour séduire les touristes, que depuis les années 30), l’arrivée de nouveaux « usagers » de la montagne, skieurs, grimpeurs, résidents aussi, a changé quelque peu la donne, créant une nouvelle partition des territoires du massif se superposant à celle, ancienne, qui réglementait cette terre d’estive vis-à-vis des communautés alentours qui s’en partageaient l’usage. Dans une étude nourrie, à l’évidence, d’outils méthodologiques liés à l’anthropologie, mais aussi à la géographie et à l’histoire, on en apprend infiniment sur ce Montaigu décidément singulier (« une singularité géohistorique », concluent les auteurs) et décidément plus fascinant qu’il ne pourrait, de prime abord, le paraître.

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