

On connaît son travail à La Gespe, ses nouvelles, ses romans, ses chansons… mais on ne connaissait pas encore sa poésie. Rencontre avec Pierre Domengès pour la sortie de son premier recueil de poèmes, Floralies Océanes.
La poésie, c’est l’épreuve ultime de l’écrivain : il se met à nu, se dépouille de ses apparats et se donne tel qu’il est. C’est un travail du funambule qui consiste à livrer la part la plus intime de soi-même sans pour autant verser dans l’impudeur.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de sortir un recueil de poésies ? « Ça m’a pris la cuque, je ne sais même pas pourquoi. Je ne me suis jamais senti capable de faire de la poésie. Au départ, je n’ai pas eu l’impression de faire de la poésie, car je trouvais ça très prétentieux. ». Comment s’est passée l’écriture ? « C’est sorti facilement, car j’ai toujours été sensible à la musique des mots. La poésie, c’est comme une discussion enflammée sur laquelle tu es obligé de mettre une musique personnelle : ça peut être la musique de la colère, de l’émotion… »
Selon vous, qui sont les poètes d’aujourd’hui ? « Certains rappeurs, certains slameurs. Le rap est souvent construit “à l’envers” : le texte est écrit d’abord, puis on l’habille avec une illustration sonore. Dans le rock’n’roll ou la chanson, c’est souvent l’inverse : on écrit sur une musique, donc on se met une contrainte. Dans la chanson française, les mecs qui ont vraiment touché la poésie sont rares : Bashung, Léo Ferré, Jean-Roger Caussimon… Je suis persuadé que pour eux, la musique était une manière de populariser la poésie. »
Floralies océanes flotte entre terre et mer : « Un jour, en marchant à Tarbes, j’ai découvert une maison abandonnée avec beaucoup de végétation. Elle avait une histoire à raconter. Sous un arbre, il y avait une statue ancienne, un chérubin d’albâtre plein de mousse verte. Ça m’a donné envie d’écrire… Plus tard je me suis rappelé une plage abandonnée que j’avais visitée en Espagne, où il y avait du varech séché mélangé à du bois flotté… Je me suis retrouvé dans mon trajet intérieur, déchiré entre deux mondes qui ne se ressemblent pas et qui m’attirent autant l’un que l’autre : le monde de l’océan, du froid, du danger, et un monde qui paraît plus intime, plus «sécure», celui de l’Andalousie, des patios, mais qui est tout aussi dangereux. Finalement, je me suis dit que j’écrivais de la poésie comme j’écrivais mes nouvelles : toujours avec cette histoire d’exil permanent, d’ambivalence entre deux mondes qui paraissent opposés, mais qui sont les mêmes, car le drame est partout. »
Certains ne lisent pas de poésie car ils imaginent que ça leur est inaccessible ; que leur diriez-vous ? « La poésie, c’est ce qui est le plus accessible, car elle ne peut parler qu’à toi. Tu es obligé de la ressentir, ce n’est pas de l’ordre de la compréhension ». Elle est donc pour tout le monde ? « J’en suis sûr ». En ce qui nous concerne, nous avons beaucoup aimé ces Floralies, où les mots brillent par éclats comme des vagues au soleil, au gré des vents et des instants. Merci, Pierre !
Floralies océanes – Éditions Arcane 17 – www.editions-arcane17.net