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Hugo Brouet Engagez-vous, qu’ils disaient…

« Hier encore, j’avais vingt ans… » chantait Charles Aznavour il y a une soixantaine d’années, et tout cela ne nous rajeunit pas, dites donc. Alors voilà. On vous a contacté un numéro spécial formation. Et on a voulu, comme dans tous nos numéros, vous préparer un petit portrait. Mais qui solliciter ? Un grand professeur des universités ? Un chasseur de tête, pour nous éclairer sur les perspectives d’emplois actuelles et à venir ? Mme Michu, notre conseillère d’orientation de quand on était au collège – et qu’on salue d’ailleurs («hmmm, écoutez, je vous verrai bien dans un métier où l’on manie les chiffres. Comptable, par exemple.») ? Nope. On est allé chercher quelqu’un bien mieux spécialisé dans la vie étudiante, quelqu’un qui la connaît intimement, qui la scrute quotidiennement, qui l’ausculte depuis plusieurs années déjà. Oui, vous y êtes : on est allé chercher un étudiant.

On est tombé sur le profil d’Hugo un peu par hasard, en fouinant dans des pages Facebook liées à l’Université de Pau. Le jeune homme apparaissait, au milieu d’autres publications, dans une petite interview vidéo où il faisait la promotion d’une association dont il est depuis deux ans le président : l’orchestre universitaire de Pau. Vous pensez si cela a aiguisé notre curiosité. On a donc contacté Hugo pour la satisfaire : on n’a pas été déçu.

Call me !

Au téléphone, un timbre clair, une voix posée, parfois quelques secondes de réflexion pour trouver la réponse juste à nos questions… Hugo Brouet a 22 ans. Il est élève ingénieur à l’ENSGTI, il habite actuellement près de Bordeaux, et suit les cours, comme presque tout le monde, en distanciel. En dernière année de son Bac+5, il a un appartement à Pau depuis trois ans, qu’il a, bien sûr, peu occupé en 2020, réfugié qu’il était dans sa famille. «Et je mesure ma chance» nous raconte-il. «Beaucoup d’étudiants autour de moi ont passé leur confinement dans leur chambre d’étudiant. Pour les étudiants étrangers, notamment, ça a été dur : ils étaient venus en France pour rencontrer du monde, ils sont restés enfermés pendant des mois, loin de leur famille, dans un pays qui n’est pas le leur…»

L’empathie sans l’ostentation

Hugo, manifestement, et loin du cliché qui voudraient que les jeunes soient de plus en plus égocentrés, pensent aux autres. Cela, on a pu le ressentir plusieurs fois au cours de la conversation que l’on a eue avec lui, sans jamais qu’il ne le dise expressément, ni, naturellement, qu’il ne s’en vante. Déjà, le jeune homme sait depuis le lycée dans quoi il veut travailler : les énergies, et, plus particulièrement, les énergies décarbonées. Attention : ne croyez pas que l’on parle ici de militantisme vert. Ce qui l’a poussé à faire les études qu’il entreprend aujourd’hui, c’est d’abord son amour de la physique, dont il a compris un beau jour («lumière qui s’éclaire dans ma tête») qu’il pouvait le conjuguer avec des préoccupations personnelles liées aux questions écologiques. Chez Hugo, c’est, nous a t-il semblé, le pragmatisme de bon sens qui prime : l’engagement politique, ce n’est pas encore son affaire, même s’il vote à chaque élection depuis que la loi le lui permet…

À l’asso !

L’engagement chez Hugo, passe aussi (surtout ?) par l’associatif. Président de l’orchestre universitaire de Pau (comme on l’a dit), où il officie à la trompette (après avoir fait beaucoup de guitare classique), il a fondé en 2020 une autre association, consacrée à l’invention et au développement de jeux de société, surtout de jeux de rôles : «c’est une passion qui me suit depuis à peu près 5 ans. Avec trois quatre amis, on a commencé à inventer des jeux à partir de jeux existants sous l’égide de la MJC installée à côté de chez nous. Ça s’est pas mal développé, on s’est montés en association, et maintenant, on est un peu plus d’une trentaine à être impliqués, sans compter les dizaines de jeunes à qui l’on propose des initiations pendant les vacances scolaires…»

Libre dans sa tête

Dans la dernière citation de lui qu’on vient de vous livrer, Hugo lâche le mot «passion». Ce n’est pas un hasard. Car cela semble être l’un des moteurs, c’est du moins ce qu’il nous a semblé, de sa vie actuelle d’étudiant (musique, jeux de rôle, écologie, etc.) ; mais est-ce le seul ? A l’évidence : non. «Quand certains, le soir, vont à la salle, moi je m’occupe des associations que je préside. J’écris des mails, je rédige un document, je passe un appel… Je dirais que c’est mon passe-temps numéro 1.» Et quand on l’interroge, un peu plus tard, sur son rapport, par exemple, à la politique, Hugo se défend de tout engagement militant. «Je m’intéresse à certains sujets, et nous débattons de ces sujets avec les gens que je connais. Je ne manifeste pas, je préfère parler librement et essayer de comprendre tous les points de vue, tout en m’en forgeant un.»

Tout est un peu politique, n’est-ce pas ?

Qu’est-ce que tout cela veut dire ? Que les jeunes font en fait de la politique sans avoir l’air d’y toucher ? Avec Hugo, sans se le dire vraiment, on a parlé climat, on a parlé alimentation (le jeune homme est végétarien depuis octobre, et annonce la couleur : «si quelqu’un m’avait dit il y a trois quatre ans qu’aujourd’hui je ne mangerai plus de viande, je l’aurais traité de fou !»), on a parlé énergie, on a parlé investissement bénévole pour le bien-commun… On ne sait pas si tout cela est politique, mais il est une chose certaine : c’est que tout cela appartient à la sémantique de l’engagement. Ce n’est pas de nature à être confiant dans l’avenir, tout ça ? Hugo le dit, concernant le dérèglement climatique, il est peut-être déjà trop tard pour éviter les «conséquences désastreuses». Mais nous, parler avec Hugo, ça nous a conforté dans une opinion qui était déjà la nôtre : si quelqu’un, sur cette terre, doit nous sauver, c’est bien les nouvelles générations. Et qu’elles le fassent à leur manière, à coup d’engagement tranquille et en sortant des adhésions aux grandes thèses idéologiques qui ont forgé le comportement des générations nées il y a plus longtemps : cela n’est pas forcément pour nous déplaire…

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