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Rémi Cabanac : La recherche au sommet !

Comme nombre d’autres « destinations » bigourdanes, le Pic du Midi a rouvert au public ce 19 mai, et, en apprenant la chose, il nous est apparu que s’emballait fortement notre imaginative. Bien vite l’on s’est demandé
à quoi cela pouvait ressembler, le Pic sans ses visiteurs…

… voire même à quoi l’endroit servait précisément, en excluant sa dimension d’accueil du plus grand monde. Nous sommes donc partis à la rencontre de Rémi Cabanac, actuel directeur scientifique du Pic du Midi, pour savoir ce qu’il en était de l’actualité scientifique de ce sommet prestigieux : accrochez-vous, elle est beaucoup plus folle qu’on ne le pensait.

Sommet émergé…

Directeur scientifique du Pic du Midi depuis 2007, Rémi Cabanac a d’abord tenu à nous expliquer précisément le contexte scientifique dans lequel évolue l’observatoire dont il a la responsabilité « exécutive » : « En tant que site d’observation, le Pic du Midi est aujourd’hui géré par l’université Paul Sabatier de Toulouse via une de ses composantes : l’Observatoire Midi-Pyrénées. Loin d’être une aire solitaire, la plate-forme du Pic du Midi est intégrée dans un réseau de recherche en astrophysique, aérologie et biologie qui regroupe plus d’un millier de chercheurs. » Voilà qui pose le décor. On dispose donc désormais d’un aperçu de l’implantation du Pic dans son environnement régional, mais que se passe-t-il si l’on dé-zoome encore?

Le toit d’un monde !

Si l’on dé-zoome, on découvre peu à peu que le Pic, loin de l’image qu’on pourrait entretenir d’une « vieille gloire » que l’on continuerait malgré tout de faire fonctionner, est un outil extrêmement performant, bien placé dans la compétition scientifique mondiale actuelle. « Les données recueillies quotidiennement grâce au télescope de 2 mètres ont nourri depuis 2008 plus de 400 publications. Je m’amuse de temps à autre à regarder le nombre de citations référencées qui concernent ces études : la dernière fois que je l’ai fait, nous étions environ à 19 000. Et je ne vous parle là que du télescope de 2 mètres ! » s’amuse Rémi Cabanac.

C’est pas la taille qui compte !

On n’ose rentrer dans les détails, mais si le Pic du Midi est aujourd’hui si multiplement cité, c’est grosso modo pour deux raisons : d’abord, parce que les investissements nécessaires ont été faits, et continuent à l’être. Le télescope de 2 mètres a été équipé d’une nouvelle instrumentation scientifique dans les années 2000 (NéoNarval) qui lui permet d’être aujourd’hui en pointe dans l’étude des champs magnétiques des étoiles plus ou moins lointaines et dans celle des exoplanètes qui les entourent. Ce qui nous mène à la raison 2 : la spécialisation. Avec un télescope de 2 mètres de diamètre, vous ne vous orientez évidemment pas sur le même type de recherche qu’avec un télescope cinq fois plus large. Mais ne vous laissez pas prendre au concours de qui a la plus grosse : ce n’est pas ce qui compte. « Ce qui compte, c’est l’instrumentation derrière le miroir, c’est à dire l’appareillage à la fois optique et technologique qui se charge de sélectionner et recueillir les données qui vous intéressent, en fonction du domaine de recherche qui est le vôtre. La question ne devrait jamais être «  qui a le plus gros  », mais qui «  qui est le plus intelligent  ». Aujourd’hui, cette instrumentation, sur le télescope de 2 mètres, c’est NéoNarval, à laquelle sera ajouté bientôt SPIP, permettant d’observer les systèmes solaires jeunes. Et demain, ce sera Vision, actuellement développée à l’Observatoire Midi-Pyrénées. » précise Rémi Cabanac.

Des hommes et des machines

L’intelligence, cela se mesure également aux forces en présence : l’équipe du Pic du Midi, forte d’un historique et d’une stratégie de recherche extrêmement bien conduite ces dernières décennies, peut se prévaloir de compétences parmi les plus pointues dans les domaines étudiés sur place. Et ceux-là sont nombreux : hors le télescope de 2 mètres, le site dispose de deux télescopes plus modestes, dont un, plus que centenaire, est en train d’être remplacé, et d’un coronographe destiné à observer la couronne solaire, qui, lui aussi, sera prochainement supplanté par une version plus récente. « Il se trouve que, lorsqu’on l’aura construit, notre nouveau coronographe sera le plus grand existant à l’échelle mondiale. Nous ne l’avons naturellement pas voulu, l’outil n’est pensé que pour servir la recherche à quoi il est destiné, mais le fait est là. » Parmi les autres domaines également rois au Pic, l’aérologie, en plein développement depuis que se renforce la recherche scientifique sur le dérèglement climatique et sur les thématiques liées à la pollution de l’air, la sismologie, la biologie… « Notre localisation en altitude et la présence sur place d’une équipe compétente, sur le pont 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, font effectivement du Pic un endroit privilégié pour ce type de mesures.»

Label

On en restera là, par manque de place. Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est que la recherche au Pic est vivante, ambitieuse, fructueuse, foisonnante. Partenariat exemplaire entre la science à son plus haut niveau et la vulgarisation de celle-ci auprès du grand public, le Pic aujourd’hui vise le label mondial Unesco, et l’on comprendra déjà,  dans le peu qu’on a pu retranscrire dans cet article, à quel point celui-ci serait mérité. Manière pour le Pic de prendre encore de l’altitude, et d’emmener avec lui la science, les chercheurs, et les milliers de visiteurs qui s’y rendent chaque année. Promis : on poursuivra, avec le Pic, l’ascension !

www.picdumidi.com
www.omp.eu

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